Millénaire de Néthen

Le manuscrit de Marcel François sur l’histoire de Néthen, écrit dans l’entre-deux-guerres, est une mine de richesses pour l’historien local.

Dans le cartulaire du chapitre de Saint Jean l’Évangéliste en Liège, il est dit à la centième page (folio 100) dans un acte de l’an 990,  » Engenulphus dominus de Nethen et Ermentrudis dederunt nobis (aux chanoines du Chapitre) utrasque Nethenis in finibus Hesbaniae et in comitatu de Brunerode super fluvium, in den Netene vocitatum etc. »

Engenulphe Seigneur de Néthen et son épouse Ermentrude nous ont donné les deux Néthen situés aux confins de la Hesbaye et dans le Comté de Brunerode, sur la rivière appelée Néthen, etc.

Au vu de la bibliographie et des références innombrables notées en fin de son manuscrit, l’on peut affirmer qu’il est le fruit de longues recherches qui ont débouché sur un document remarquable et très utile pour la postérité. Il est bon de le comparer à  » L’Histoire de Wallonie » dont je vous ai soumis déjà 8 épisodes et de rejoindre l’An Mille où nous l’avons laissée.Dans la plus haute antiquité la mer s’étendait jusqu’à Louvain et les masses d’eaux venant du Sud se précipitaient vers cette mer ; le bassin actuel de la Dyle se trouvait submergé par les eaux. Plus tard, lorsque la mer s’est retirée, les eaux de la Dyle qui n’avaient pas plus de lit que les autres rivières de la contrée, débordaient de toutes parts, formant un lac immense dont les eaux pénétraient dans les vallées ( J. Cuvelier – la formation de la ville de Louvain, Bxl 1935 ; Torfs – geschiedenis van Leuven, Louvain 1899).La présence de tourbières de Pécrot jusqu’à Hamme (prés de Litrange) en dessous desquelles se trouvent de petits coquillages d’eau douce, est bien un indice de l’existence de ce lac ancien.Le creusement de la sablonnière de Néthen afin de fournir le sable pour la construction de l’autoroute Bxl – Liège dans les années ’60 – ’70 a révélé la présence d’énormes coquillages pétrifiés par le sable ( Collection personnelle de Ch. Motte – Néthen).Au-delà des légendes qui entourent le site des  » Grosses Pierres  » à Piétrebais – Chapelle, une explication très plausible de leur présence est précisément ce lac ancien.D’après J.A. Torfs, ce qui prouve l’état marécageux de la contrée, c’est la dénomination de  » Waverwald  » que lui ont donné les germains – c’est à dire forêt des marais ou des étangs. Cette forêt s’étendait selon toute vraisemblance depuis les portes de Louvain jusqu’à Neeryssche et Weert et au sud jusqu’autour de la ville de Wavre. Des étangs innombrables parsemaient la région.Depuis la fin de l’époque quaternaire jusqu’à la fin du IIIème siècle de notre ère, un climat beaucoup plus humide et plus froid que celui de nos jours, contribuait à la formation ininterrompue de tourbières qui se manifestaient dans les vallées des cours d’eau jusqu’à leur source.En 57 avant J-C, quand les romains envahirent la Gaule, le temps des tourbières durait encore. La Dyle, la Marbaise, la Néthen, barrées par les castors ou s’écoulant lentement au travers de leurs alluvions, formaient constamment leurs bords en marécages.Le Wez ( écrit Weis en 1350, Ways en 1526 et Weys en 1784) veut dire  » passage d’eau – gué) en wallon.. Il s’agit du  » Nethenis supérior  » ou Haut-Néthen distinct du  » Nethenis inférior  » repris dans l’acte de donation de l’An 990.

Le cadre de vie dans lequel nous évoluons en cette année 2019 a bien changé au cours du temps. L’Histoire de Marcel François nous décrit son évolution. Elle est complémentaire à l’Histoire de Wallonie, plus générale . Les conditions climatiques et la configuration des lieux en ces dernières années avant J-C n’étaient pas propices à la fixation à demeure dans la contrée du futur Néthen. Comment supposer en pleins marécages bordés de forêts et en des terres sujettes aux inondations, soit un lieu de refuge, soit un lieu de défense pour les habitants celtes ou germaniques présents dans la région ? D’autant plus que des hordes insoumises de germains opposées à la servitude romaine, erraient dans la forêt.Les rares habitants de ces solitudes ne formaient aucune nation. C’étaient des familles dispersées, vivant de chasse et de pêche, se livrant peu à l’agriculture. Arrivées à des époques différentes, elles ne pensaient pas avoir la même origine : les unes avaient gardé quelques rapports avec les Celtes, les autres se souvenaient de leurs ancêtres germains. En dépit de leur bravoure, ces pauvres gens ne pouvaient résister aux soldats romains.
Sur le territoire de Hamme-Mille, la forêt de Meerdael a conservé une enceinte fortifiée, témoin de l’époque gallo-romaine, treize tombes de la période proto-historique, deux tumuli-géminés, sept tombelles, des vestiges d’habitations, un tronçon de voie très caractérisé. ( E. De Seyn, Dictionnaire historique et géographique des communes belges. 1925.)

ndlr : L’auteur ne précise pas la date à laquelle ces découvertes ont eu lieu. Il serait plus que pertinent d’y mener de nouvelles fouilles plus contemporaines et scientifiques d’autant plus que nous avons la chance que ce site se trouve en territoire wallon. Sans vouloir polémiquer, lorsque l’on constate que la Flandre peut dépenser des sommes folles pour un écoduc en forêt de Meerdael, on peut concevoir qu’un programme de fouilles moins onéreux et plus méthodique serait tout aussi rentable sur les plans historique, patrimonial et touristique pour la Wallonie.

Outre cela, MM. P. Saintenoy et le docteur Raeymackers avisèrent en 1890 le baron Alfred de Loë, de l’existence au château de MM. Oldenhove frères à Archennes, d’une belle série de vases « belgo-romains » provenant d’une trouvaille faite sur un coteau dominant la vallée de la Dyle et l’enclos de Florival. La majeure partie des vases se trouvait en 1891 au château de Florival, d’autres furent offerts à M. Jean van Zeebroeck mayeur de Néthen. Enfin M. le chanoine E. Reussens possédait également quelques antiquités provenant d’Archennes. Au château van Zeebroeck se trouvait une cruche ou lagène en terre de couleur jaunâtre, une jatte de forme cônique en terre samienne, une soucoupe en faux-samien (Annales de la Société d’Archéologie de Bruxelles. T.v., Bxl 1891).Le point où la découverte de MM. Oldenhove fut faite, n’est éloigné que de 3.200 mètres d’Ottenbourg, où passait l’embranchement de la chaussée romaine Bavay – Cologne se dirigeant vers Malines. Ce « diverticulum » est communément appelé  » Chemin des Wallons « .Ajoutons que parmi les objets séquestrés du Duc d’Arenberg (pour collaboration avec l’ennemi en 14-18), se trouve une caissette de débris antiques provenant de trouvailles faites dans le bois de Meerdael.En outre, le 10 août 1880, un nommé Pierre Dereymackers de Rhode-Ste-Agathe trouva une hache celtique en pierre dans  » l’enceinte du flamand  » au bois de Meerdael.Malgré les romains, les invasions des germains ne se ralentirent pas et se renouvelèrent pendant toute la durée de l’Empire si bien qu’au Vème siècle, le Nord de la future Belgique était aux mains des Francs. Ils remontaient le long des vallées en suivant les cours d’eau, jusqu’à leur source.A partit de ce moment, les traces du passage des Francs devinrent partout fort nombreuses. A Mélin, au hameau de Gobertange, on a trouvé un tombeau franc, un bracelet orné d’un médaillon, des monnaies etc. (A.G.B. Schayès. La Belgique et les Pays-Bas avant et après la domination romaine, jusqu’au VIème siècle. Bxl 1858 et 1859. 3 vol. le volume III publié par Ch. Piot).Au milieu du prodigieux désordre provoqué par la succession du Roi Clovis, l’Eglise Catholique resta debout. Mais il lui fallait des bras forts pour être protégée contre les violences toujours renaissantes. Elle découvrit son salut dans une famille dont les domaines étaient en partie sur notre sol et d’où sortirent Pépin le Bref, Charles Martel et Charlemagne.Après la mort du grand Empereur, l’Empire retomba dans l’anarchie. Nous en fûmes punis par l’arrivée des Normands qui mettaient tout à feu et à sang. Chacun dût pourvoir à sa sûreté. Ainsi se développa la féodalité.

Claude Snaps (Juin 2019)